
La place des Vosges
Henri IV avait rêvé d'établir des manufactures sur l'emplacement de l'hôtel des Tournelles, devenu le marché aux chevaux. Ayant renoncé à ce projet, le roi décida en 1605 d'élever une vaste place qui serait sur ses quatre côtés bordée de maisons à arcades, bâties sur le même plan. Ce fut la place Royale, élevée, peut-être par Claude Vellefaux,
de 1607 à 1612 (actuellement place des Vosges), où la statue équestre de Louis XIII fut dressée en 1639. Elle est demeurée, pour son architecture, telle qu'elle avait été conçue sous Henri IV; seule la partie centrale a été modifiée, par le remplacement de la statue et des grilles et surtout la plantation d'arbres qui rompent fâcheusement l'harmonie de cette création qui formait un tout. L'ensemble n'en est pas moins une des plus majestueuses créations de l'art classique, et constitue un modèle à tel point que son nom devint un nom commun : on parle, depuis, en urbanisme, de places royales, pour désigner les ensembles d'architecture semblable, dressés sur plan géométrique et accompagnant la statue d'un souverain.
Les trente-huit pavillons de la place, avec arcades au rez-de-chaussée, sont tous construits en briques à chaînages de pierre, suivant la méthode que nous avons vu inaugurée au palais abbatial de Saint-Germain-des-Prés, et qui va être à la mode pendant cinquante ans. Deux étages uniformes sont partout surmontés d'un toit incliné; des frontons triangulaires ou curvilignes au dernier étage, des balcons inégalement répartis forment toute la décoration. L'ensemble est noble, mais sévère. Au sud de la place, entre des bossages vermiculés, le pavillon du Roi, haut de 24 mètres et large de 15,60, présente à chacun de ses deux étages cinq fenêtres hautes et étroites. Au rez-de-chaussée, des voûtes de pierre blanche en plein cintre, séparées par des pilastres cannelés, s'ouvrent sur la rue de Birague. L'ornementation est encore d'une extrême sobriété : un médaillon d'Henri IV au fronton central du premier étage, un balcon à balustrades avec des consoles très travaillées, et une frise ornée de triglyphes, de guirlandes et du chiffre d'Henri IV.
La plupart des pavillons de la place ont subi, en trois siècles, tant de remaniements intérieurs que les témoignages exacts du règne d'Henri IV ont disparu. Il faut entrer dans la cour du no 9, où s'ouvre à gauche une belle porte dorique qui établissait jadis une communication avec les vastes jardins de l'hôtel de Sully (voir page 153). On imagine alors la riante situation de ces divers hôtels. Leur cour intérieure s'aérait de jardins. Sous leurs arcades.
Copyright Survol-paris.com texte-photos Corporation" 2008, tous droits réservés Paris