
L' île Notre-Dame - baptisée du nom de L' île Saint-Louis
IV'. Si, depuis les ravages haussmanniens, la Cité a perdu sa personnalité et n'est plus autre chose qu'un rassemblement de grands monuments publics de tous âges et de toutes destinations, l'île Saint-Louis, qui se rattache à elle par l'enjambée d'une passerelle, est, au contraire, d'une homogénéité presque parfaite. Malgré les atteintes qui lui furent portées au cours du Second Empire et de la Troisième République elle a gardé une unité de style. Ancrée derfière Notre-Dame comme un grand bateau couvert d'architectures royales, il n'est guère de site parisien plus agréable. Il n'en est point qui ait conservé une telle pureté originelle.
L'île resta isolationniste jusqu'à une époque récente, elle vivait en autarcie grâce à l'abondance de ses petits commerces et de ses artisans, et elle ne recevait guère de l'extérieur que les pêcheurs à la ligne et les clochards qui séjournaient sur ses berges. Il passait peu de voitures dans le quartier. La nuit tombée, quelques solitaires se penchaient sur les gros parapets de pierre poursuivant leurs rêves dans les reflets de l'eau et des feuillages. Elle a conservé longtemps, au cœur de Paris, cette atmosphère provinciale que décrivait Champfleury en 1858 et qui enchanta tant d'écrivains, d'artistes et de poètes : « On pourrait trouver dans Paris un certain nombre de Parisiens qui n'ont jamais pénétré dans l'île Saint-Louis et qui, s'fls y mettaient les pieds, reviendraient plus étonnés que d'une petite ville de province.
L' île Notre-Dame Paris- baptisée du nom de Saint-Louis en 1726.
Henri IV, qui avait des vues « prospectives » sur l'urbanisme parisien, avait nommé un audacieux personnage, Christophe Marie, « entrepreneur général des ponts ». Celui-ci présenta au roi le projet d'un double pont lancé entre le quai des Ormes (des Célestins) et celui de la Tournelle dans le but évident d'attirer les constructeurs sur ses terres vierges. Le couteau de Ravaillac mit fin aux pourparlers. Mais Marie, qui croyait au succès de son entreprise, les reprit peu après et chercha des commanditaires : les sieurs
Poulletier, puis Le Regrattier devinrent ses associés. Nous pourrions dire aujourd'hui qu'ils furent les « promoteurs de l'opération immobilière. » lls seraient sans doute oubliés si deux rues ne p ortaient leur nom, tandis que celui de Marie fut donné, comme de juste, à son pont. Les tractations durèrent plusieurs années. Enfin, en 1614, Louis XIII, alors âgé de treize ans, se rendit en grand cortège, accompagné de Marie de Médicis, à l'emplacement du pont dont il posa la première pierre.
Les contrats avaient été méticuleusement préparés. Marie devait construire les deux ponts en pierre, ceinturer l'île de quais particulièrement élevés pour la mettre à l'abri des inondations, sans mordre sur la Seine, ouvrir des rues pavées sur plan régulier, relier l'île à la Cité par une passerelle de bois. Toutes les mesures, jusqu'aux dimensions des pierres de taille, étaient précisées. En retour, Marie bénéficiait de la propriété des terrains à bâtir, pouvait prélever un péage sur les ponts d'un double par personne et de deux par cheval, construire et faire exploiter douze étaux de boucherie, des moulins à eau, des bateaux-lavoirs, une maison d'étuves et un jeu de paume.
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